Pour la petite histoire…
Au commencement, un souffle d'abord. L'étain d'une trompette où vibraient mes douze ans, frisson premier d'une âme qui s'éveille à sa propre rumeur. Puis une guitare tendue par la main d'un frère, et sous l'étreinte de trois accords balbutiés, le basculement sacré de l'être vers le musicien.
Ce furent alors les nuits fiévreuses, les bals champêtres où la jeunesse s'enivre de sa propre audace, le vertige des heures trop courtes et la musique, cette grande force invisible, qui déjà m'emportait loin de la normalité des hommes.
Février 1985. La Patrie m'envoie au-delà des mers. À Tahiti, sous les voûtes étoilées des tropiques, la vie ne devint qu'un long concert bleu. Deux années d'eaux profondes, de rencontres fraternelles et de mélodies insulaires. Tant de cafés-concerts, de bars musicaux, de scènes illuminées, où l'ombre des voyageurs venait se fondre dans la lumière de nos guitares ; l'heure n'existait plus, seules demeuraient l'harmonie et les nuits sans fin.
Puis, de retour à la dure réalité de la métropole, je devins un homme double : le jour, gardien austère des songes de la jeunesse en internat ; la nuit, passeur de voix et maître d'accords, créateur d'écoles de musique. Ainsi, ma route m'appela de nouveau sous le manteau de l'intermittence. J'ai élevé des scènes, dompté la lumière, apprivoisé l'enregistrement et le mixage, et vécu, corps et âme, du fracas sacré du spectacle.
Alors, l'âge vint, flanqué des houles sombres du sort. La famille qui se délie, les ruptures, et le grand silence... Contraint par le sort à quinze années d'exil sous la dictature de fer des machines, dans la froideur rectiligne des usines. Là, la musique n'était plus qu'un cri étouffé, un accord volé à la rumeur hostile des engrenages.
Et puis, pour finir, le drame. La chair meurtrie par l'accident de travail, et la guitare qui s'éloigne de mes mains glacées. Mais, refusant l'errance de mon âme dans un monde sans musique, mon esprit se révolta. De ce monde moderne, il a fait jaillir toutes ces machines créatrices de la M.A.O. Et devant la lumière pâle d'un écran, un soir, mes mains ont posé des notes. Puis des instruments virtuels ont lu ces notes. Une constellation naissait du néant.
J'en ai fait mon sanctuaire, mon atelier d'alchimiste. J'y ai retrouvé ce battement primitif, ce feu sacré qui couvait sous les cendres depuis mon premier souffle de cuivre. Je l'ai baptisé Heart of Sounds Studio, car les sons redonnaient à mon cœur l'envie de battre.
Parfois, j'y pénètre le cœur plié sous le poids des jours et de la vie. Mais toujours, par mon esprit curieux et créateur, j'en ressors rechargé d'une énergie bienveillante, tenant entre mes mains une étincelle de lumière à m'offrir à moi-même, mais aussi à vous partager.